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Par paulalie
Le Vigan
La Conférence de 1875 me plaça au Vigan. Je dus donc quitter la Haute Marne, non sans une certaine peine, car ce genre d'évangélisation ne me déplaisait pas. Mais je revenais dans le cher Midi au milieu de mes chers parents et notre joie était grande. Nous revîmes, avec le plus grand bonheur, nos frères et nos sœurs que nous n'avions pas revus depuis sept ans.
Combien mon cher père et surtout ma chère mère étaient tout changés. Je fus saisi surtout d'une vive émotion en voyant ma chère mère toute ridée, pâle, qui avait fait un effort spécial pour venir à ma rencontre. A Saint-Laurent le Minier, nous revîmes ma sœur et son mari, que nous avions mariés la veille de notre départ pour l'Est. Ils paraissaient très heureux. Nous fîmes visite à notre chère (…?...) et à son mari, au Roucou. Ils venaient d'avoir leur Gédéon et étaient aussi très heureux.
Quant à l'église du Vigan, je la trouvai peu nombreuse. Mais la chapelle se remplissait presque tous les dimanches à 2 heures. Je m'aperçus bientôt que je me trouvais dans un milieu d'une mentalité toute différente de celui que je venais de quitter. Dans l'Est, j'étais le seuil représentant du protestantisme dans toute la Haute Marne. Au Vigan, je me trouvais au milieu de plusieurs églises, qui étaient loin de vivre toujours en paix. A côté de l'Église Réformée, desservie par deux pasteurs pieux et distingués, Bruguère et Dussaud, se trouvait l'Église Libre, desservie par A. Barnaud, jeune pasteur non moins distingué. Puis venaient les Darbystes et les Inchistes. Ce n'était pas toujours facile d'éviter des conflits pénibles.
Quand j'arrivai au Vigan, l'Église était encore sous l'action bienfaisante de ce beau mouvement de réveil qui se produisit en 1872 et dont Théodore Monod était l'âme. Les chrétiens du Vigan, sauf les Darbystes, avaient d'excellentes réunions d'Alliance Évangélique dans un local neutre. Malheureusement cela ne dura pas et chaque église se retira dans sa coquille, au grand préjudice du règne de Dieu.
Pendant les quatre années que je passai au Vigan, il n'y eut rien de remarquable. Les auditoires de deux heures se maintenaient bien, mais pas de conversions. Les annexes que je visitais, Avèze, Aulas, mais surtout Mouliés et Aumessas me réjouissaient par le zèle des membres de l'église et le nombre des auditeurs.
Je ne dois pas laisser passer un fait qui me parut tout d'abord naturel, mais qui devait être d'une grande importance. Mon fils aîné (Élie) avait 14 ans. Un marchand de nouveautés (sarrasin) l'avait pris en affection et l'avait exhorté à se convertir. Un jour, il lui lut l'histoire du jeune Samuel. Ce fut l'occasion de sa conversion.
A partir de ce moment là, mon fils devint tout autre et comme il était plus âgé de cinq ans que son frère Paul et de sept que son frère Edmond, il exerça sur eux une influence réellement bénie et qui n'a pas peu contribué à les amener tous à la conversion et au Saint Ministère.
En 1877, nous eûmes le plaisir d'embrasser un nouveau-né, Théodore, que M. Pulaford baptisa à l'occasion d'une assemblée de district.
Ce fut au printemps de cette même année que je fus appelé à faire une tournée missionnaire à Jersey. J'ai rarement éprouvé tant d'émotion et de bien que pendant mon séjour de six semaines dans cette île hospitalière. J'étais logé chez les Dorey, charmante famille au sein de laquelle je me sentis tout à fait à l'aise. Le grand-père me conduisait le soir dans toutes les localités où devaient se tenir les réunions. Le dimanche, il fallait prêcher trois fois. C'était fatigant, mais on était dédommagé de la peine par les auditoires nombreux et les amis sympathiques. Je n'oublierai jamais la réunion du lundi de Pâques dans la Chapelle de Groove Place. Devant un auditoire de 1500 personnes ayant un chœur magnifique, je pus parler de l'œuvre en France. C'était saisissant.
A la fin de cette tournée, comme j'avais parlé de nos écoles de la Haute-Marne, on me conseilla de faire une collecte à domicile pour leur venir en aide. Le surintendant Dupond s'y opposait, mais Jules Guiton – charmant jeune homme – voulut bien m'envoyer dans quelques maisons et je collectai moi-même 300 f. que je remis entre les mains de M. Schefter alors à Joinville. Je revis les amis de Saint-Dizier avec plaisir et je redescendis dans le Midi où je retrouvai tous les miens en bonne santé.
C'est pendant ma dernière année au Vigan que je perdis ma chère mère. Elle avait souffert plusieurs mois pendant lesquels il me fut donné de la voir plusieurs fois. Sa confiance en Dieu fut toujours inébranlable. Elle échangea la terre pour le ciel à l'âge de 82 ans, laissant mon vieux père tout seul. Chère mère ! Les épreuves de toutes natures ne lui manquèrent pas, mais elle sut trouver en Dieu la force et la consolation. Si je suis devenu chrétien et pasteur après Dieu, c'est grâce à elle et sa mémoire a été pour moi une bénédiction.
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