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Gédéon Gounelle : ses souvenirs, Alais

Alais


Les six ans que je passai à Alais ont été heureux. C'est pendant ce séjour que j'ai eu le plaisir de consacrer au Saint Ministère et de marier mes deux plus jeunes. Edmond, après avoir fini ses études et passé presque deux ans à Richmond (Angleterre) fut d'abord à Nîmes au secours de M. Gulton, malade, puis placé à Nyons. Pendant l'année qu'il resta là, je pus faire une tournée de réveil à la suite de laquelle quelques jeunes filles se convertirent. Puis il fut placé à Valleraugue et c'est là qu'il fut consacré au Saint Ministère et un peu plus tard marié à l'aimable et pieuse Antoinette. Théodore, après avoir fini ses études, fut placé à Meyrueis. C'est là que nous allâmes le consacrer. Il ne manquait que Paul à cette fête. Quelques mois après, nous allâmes le marier à sa chère Lydie. En arrivant à Alais, en 1896, je trouvai un champ d'évangélisation tout préparé par mon fils aîné qui y avait passé sept ans comme suffragant de M. Breyton. Il avait eu là un beau réveil, surtout parmi la jeunesse, et, en souvenir du fils, on vint entendre le père. La chapelle du quai devint trop petite et il fallut louer une salle plus vaste, rue de la Meunière. Notre salle populaire de la place Florian étant elle aussi trop petite fut transférée dans notre nouvelle salle plus grande et plus centrale. La première année, avec le concours de M. H. Faure nous eûmes des réunions de réveil dans lesquelles se convertirent une vingtaine de personnes, jeunes et âgées. Ensuite, il y eut encore des conversions, mais en moins grand nombre. Les auditoires s'accrurent. Nous avions aussi une école du dimanche nombreuse et intéressante. Mes premières visites furent pour les pasteurs (réformés). Il y en avait trois, MM. Breyton, Bonnefon et Poux. Ces deux derniers ne daignèrent pas me les rendre. Et malgré toute ma bonne volonté, il ne me fut pas possible de faire une alliance évangélique. Pourtant, MM. Lelièvre et Neill ayant succédé à MM. Breyton et Bonnefou, les rapports fraternels se formèrent et aboutirent à un peu d'alliance évangélique. J'avais comme annexes Lamelouze, Saint-Jean de Maruéjols (?), Vézénobres, Cardet et Massanes. Dans ces diverses localités j'avais des réunions très intéressantes, mais il ne s'y produisait rien de particulier. Les conversions les plus remarquables furent celles de trois familles, père, mère et enfants. (Un tailleur, converti, décide de donner les 50 f. qu'il dépensait en tabac et en alcool à l'église.) Le jeudi, je réunissais une petite troupe d'enfants, des garçons qui me donnèrent de précieux encouragements. Ma femme réunissait à son tour les petites filles qui étaient animées d'excellentes dispositions. La première année à Alais, je trouvai M. Sainton qui venait d'ouvrir une jolie salle d'évangélisation. J'aurais volontiers voulu lui donner un coup de main, mais il venait de détourner de nous des amis de Vézénobres et de trafiquer des baptêmes pour nous prendre une vieille demoiselle riche qui nous avait toujours soutenus à Vézénobres depuis cinquante ans. A Alais, il ne se gênait pas pour prendre les chrétiens des autres églises. Dans ces conditions, l'alliance évangélique devenait impossible. Mais à la suite de deux ou trois baptêmes scandaleux, il dut quitter Alais, où sa réputation était perdue. L'union des jeunes filles, rattachée à l'église réformée me faisait appeler quelque fois, en souvenir d'Élie, pour leur donner quelques causeries. Elle me recevait toujours avec enthousiasme. Un grand nombre de familles qui avaient gardé pour Élie une affection profonde me recevaient aussi avec plaisir. Mais je puis dire que je n'ai jamais profité d'une telle situation pour gagner des membres à mon église. Et je n'ai jamais essayé d'enrôler sous mon drapeau des anciens amis de mon fils, bien qu'il m'eut été facile de le faire. L'œuvre des conférences du mercredi soir donna les meilleurs résultats. Chaque soir, pendant cinq ans, nous avons fait venir des conférenciers sur des sujets sociaux et autres. La chapelle (200 places) était toujours trop petite. Notre propriétaire était une demoiselle d'un certain âge, de bonne maison, mais obligée de donner des leçons de piano pour vivre. Elle était aigrie contre les pasteurs et tout le monde. Elle n'allait jamais au Temple, et beaucoup la croyaient catholique. Elle n'avait jamais la visite d'un pasteur. Je lui demandai de nous jouer de l'harmonium. Elle accepta et les relations devinrent agréables. Elle n'a cessé, pendant cinq ans de nous témoigner la plus vive affection. Elle nous disait : « Mes amis, je ne croyais pas en Dieu, avant votre arrivée. Maintenant je crois. » Elle réunissait chez elle, pour le thé, tous les dimanches à 4 heures, un certain nombre de ses amies, dames distinguées avec lesquelles nous entrâmes en relation. Bientôt toutes ces dames devinrent nos auditrices et reçurent beaucoup de bien... C'est à Alais que j'ai fait le plus de visites. Je visitais plus ou moins régulièrement plus de 200 familles. J'ai été témoin de bien des départs triomphants vers le ciel et je bénis Dieu pour le bien que j'ai éprouvé. Je me plaisais à Alais, mais mes forces déclinaient et je sentais que le poste était trop lourd pour moi. Du reste, j'avais dépassé les limites de notre séjour et je ne fus pas fâché de l'offre que me fit la Conférence de me placer à Ganges. C'était notre pays. J'acceptai.

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