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Exposition au Collège des Bernardins

Exposition au Collège des Bernardins du 22 novembre 2008 au 31 janvier 2009


A l'invitation du Collège des Bernardins, Claudio Parmiggiani a conçu une œuvre puissante et spectaculaire qui entre en résonance avec l'architecture comme avec l'histoire du lieu. Intervenant à la fois dans la nef et l'ancienne sacristie, il accompagne par trois installations la verticalité du bâtiment, tout en jouant sur son horizontalité et ses dimensions.

En s'inspirant de ce que fut le Collège des Bernardins, de ses différentes affectations (lieu d'étude, dépôt de sel, caserne de pompier, etc.), l'artiste a choisi dans un vocabulaire de formes qu'il s'est constitué – comme le verre brisé, le pigment lumineux, ... mais aussi d'autres formes qui allient leur densité plastique à une densité d'évocation très important – les éléments qui correspondaient le mieux à la nature du monument. Cette œuvre créée pour le Collège des Bernardins invite à la réflexion et valorise le caractère métaphysique de l'architecture cistercienne. Le visiteur est convié à retrouver le silence du lieu, le respect de la force spirituelle qui s'en dégage.


L'EMPREINTE D'UNE IMMENSE BIBLIOTHEQUE s'étend sur plus de vingt-cinq mètres.

Réalisée sur place, par la fumigation de 20 000 ouvrages, cette œuvre appartient aux « sculptures d'ombre » de l'artiste. Faite de cendre et de suie, l'image fuligineuse tracée au mur pas le feu fait ressurgir de façon suggestive et émouvante la mémoire de l'enseignement dispensé au Moyen Âge dans ce lieu. Extrêmement fragile, l'œuvre est un moment suspendu, une trace, une vision fugitive ramenée de l'oubli par la force de l'esprit et de la mémoire.


La bibliothèque a été le premier élément que Parmaggiani a choisi pour le lieu, en utilisant le livre comme pierre angulaire, rappelant la vocation du Collège des Bernardins : permettre aux moines cisterciens, de venir étudier à l'Université de Paris. Il reste aujourd'hui l'image d'une bibliothèque, son négatif, obtenu par fumigation, c'est-à-dire que, par l'action du feu, de la suie, de la fumée, et de la poussière se sont déposées sur la paroi blanche. Les livres sont présents par leur absence, par leurs traces, « dessinés » après leur retrait.


Par cette œuvre, l'artiste fait également référence à la bibliothèque d'Alexandrie, dont la destruction fut considérée comme un des grands drames de l'humanité et qui survit aujourd'hui à travers la mémoire. Cette empreinte constitue un souvenir qui se construit aujourd'hui dans le langage contemporain, à partir des images, du bagage culturel et des propres souvenir de chacun.


L'empreinte de la bibliothèque évoque la violence, la destruction par le feu, mais cette destruction – ici nécessaire à sa réalisation – conduit à une renaissance à travers la remémoration. Ce phénomène est comparable à l'expérience alchimique qu'est la transformation de la matière en or : la matière, par le passage du feu, va se sublimer.


UNE MER DE VERRE BRISE est faite d'une composition de lames de verres brisées dans l'espace. L'œuvre évoque à la fois un labyrinthe et un paysage maritime mouvementé, dont émergent les fines colonnades et les corolles de voûtes gothiques. Violente et fascinante, elle se déploie dans la nef comme une ruine immatérielle et fantomatique, silencieuse, animée par les scintillements de la lumière.


Le verre utilisé est un verre industriel classique. Parmiggiani utilise les matériaux courants, quotidiens dans notre environnement, tout en les sublimant. Cette centaine de plaques a été disposée avec le grand soin, la composition – qui privilégie le point de vue frontal du peintre – suivant une sorte de labyrinthe dans lequel les plaques de verre sont installées comme des livres ouverts et créent de nombreuses perspectives pour le regard. Cette construction n'est pas opaque comme le serait une architecture, mais permet des jeux de transparences.

Les plaques ont été cassées, découpées en de très grandes lames, rappelant l'élévation des colonnes, comme une ruine d'architecture en référence aux paysages de la peinture classique et romantique. La couleur du verre, le jeu des lames produit par les brisures, la lumière qui fait miroiter les arêtes et les éclats du verre, créent une composition très dynamique.


La violence est toujours importante pour Parmiggiani, mais ce qui nous est montré vient après, lorsque méditer sur l'acte de destruction est possible, faire mémoire pour éviter l'oubli, dépasser un nouvel anéantissement, rendre vie.

Les questions de la vie et de la mort, du bruit et du silence, liées et associées, sont fortement présentes dans la création réalisée pour le Collège des Bernardins. Le visiteur arrive au moment où la violence est passé, où le silence règne. Mais le bruit peut revenir, la vie est à nouveau possible pas le processus de la mémoire. Une scène violente nous est montrée, qui a nécessité un grand mouvement, généré beaucoup de bruit, mais ce que nous voyons à présent est immobile, silencieux et une vie intérieure peut s'exprimer.


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