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Dr Marion : presse, discours de M. le sous-préfet

Discours de M. le sous-préfet

Il me serait difficile de réprimer la profonde émotion qui m'étreint au moment où pour la dernière fois, je me penche sur la dépouille mortelle du grand homme de bien que fut Fernand Marion. Je ne puis croire que celui, dont, hier encore, nous admirions l'infatigable et bienfaisante activité, nous ait été inopinément et si brutalement arraché : et ma vive douleur est aggravée de stupéfaction, d'indignation même contre l'aveugle destin qui frappe au milieu de leur course, les meilleurs d'entre nous.

C'est au nom du gouvernement de la République et délégué par M. le préfet de l'Aube, que je tiens d'abord à apporter un hommage aussi sincère qu'attristé à la mémoire du docteur Marion. Exerçant des fonctions tout particulièrement délicates, il sut, par ses qualités d'esprit et de cœur, s'y faire  apprécier au plus haut degré.

Grâce à son autorité, à sa connaissance de l'âme humaine, à tant de finesse jointe à une si exacte conception de sa mission, grâce surtout à une bonté profonde et toujours en éveil, le docteur Marion exerça sa tâche ainsi qu'un véritable apostolat. Sa rare valeur professionnelle s'affirmait au long de chaque journée.

 

Il apporte en toutes circonstances le plus précieux concours au gouvernement ; il était de ceux qui, serviteurs d'un idéal moral dont s'inspirent les moindres actes de leur vie, se donnent tout entier au labeur entrepris et, insoucieux de leur propre repos estiment que c'est seulement en faisant trop que l'on risque d'arriver à faire assez. Hélas ! C'est à ce mépris de sa fatigue et de son bien-être à lui, à cette volonté magnifique d'aller toujours au-delà de son devoir, que le docteur Marion doit sans doute de nous être aussi soudainement arraché. Lui, qui apaisa tant de souffrances avec un si passionné dévouement, qui déroba à la mort au prix de si durs combats, tant d’existences menacées, oubliait toujours de penser à lui : il vivait pour les autres, dans les autres : et c'est à eux qu'il s'est spontanément sacrifié. Il part en pleine force, ayant rendu d’inappréciables services : nous étions en droit d'attendre de lui de longues années encore de science lucide, de dévouement et de bienveillance éclairée. Et le vide immense creusé par sa mort ne saurait être comblé.

Mais, ayant affirmé toute la gratitude endeuillée du gouvernement de la République à l'égard du collaborateur incomparable que nous pleurons, je voudrais exprimer la vive douleur personnelle que j'ai éprouvée en approuvant la fin tragique de notre ami. J'ai ressenti, du jour où j'ai eu l'honneur de connaître le docteur Marion, une admiration très sincère  pour son caractère et pour son élévation d'esprit. Je me suis réjoui de bientôt me sentir en vraie confiance avec lui : sa présence, trop rare à mon gré, me devint précieuse et réchauffante. Marion, en effet, à cette courtoisie parfaite et à cette finesse qui frappait dès l'abord, joignait une magnificence morale qui rayonnait par ses yeux d'apôtre. Ennemi né de toutes les duplicités et de toutes les hypocrisies, comme de tout sectarisme et de toute iniquité, il vivait dans le constant désir de servir passionnément le bien. Et le bien, pour lui, c'était à la fois la générosité, le sacrifice de soi, la bonté et, sur un autre plan, l'idéal républicain dont il fut le volontaire jamais lassé. Il avait placé infiniment haut l'image de cette France républicaine parfaite dont, comme nous tous, il rêva sans cesse : car il savait que c'est en croyant fortement aux choses qu'on les contraint d'arriver, et, que suivant le lumineux axiome de France « lentement mais toujours l'humanité réalise les rêves des sages ». Marion était de ces rares esprits qui savent en toutes circonstances discerner le côté supérieur des événements et qui ne marchent à la lutte qu'avec une étoile à la pointe de leur glaive.

Vous voici donc endormi à jamais, ô mon ami ! Autour de vous se penchent les figures blêmes de tous ceux qui vous aimaient : le deuil qui déborde du cœur meurtri des hommes semble être partagé par la nature même : et cet horizon qui vous fut familier pendant tant d'années pleure avec nous celui qu'il ne reverra plus. Votre femme, votre fille, devant l'immense douleur de qui je m'incline respectueusement, ne sauraient, certes, entendre aujourd'hui de vaines paroles de consolation. Qu'elles se disent pourtant ceci : dans la mémoire de tous ceux qui vous ont approché, vous restez magnifiquement vivant. Vivant par votre haut caractère, où tant de science fut au service de tant de sensibilité ; vivant par ce rayonnement généreux et durable de votre foi sociale et républicaine ; vivant enfin parce que vous avez été toujours l'apôtre de cette vertu suprême qui illuminait vos regards : la bonté.

 

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