Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

spiritualité, calme, messages, poésie, photos,voyages

Publicité

Dr Marion : presse, discours de M. Jauffret, maire

DISCOURS DE M. JAUFFRET, Maire

Mesdames, Messieurs,

Au nom de l'administration municipale, au nom de la population entière de Ville-sous-la-Ferté, à laquelle celui que nous accompagnons ici vers la grande paix du dernier sommeil, a donné toute une existence de dévouement, j'apporte à la dépouille de M. le docteur Marion, avec la tristesse émue du suprême adieu, l'hommage d'un regret douloureux et d'une juste reconnaissance.

 

La mort a des rigueurs à nulles autres pareilles. La garde qui veillait aux barrières du Louvre n'en défendait pas les rois. Elle n'épargne pas non plus ceux qui ont mission de la combattre, qui y réussissent parfois, mais, qui en définitive, n'ont jamais le dernier mot.

C'est une chose poignante que cette fin prématurée, c'est une iniquité cruelle que ce geste de la mort, fauchant aussi rapidement en plein labeur, en pleine force, cette existence toute frémissante de virile ardeur et de saine énergie, frappant d'une stupeur douloureuse des amis si nombreux de celui qui n'est plus, accablant d'une détresse infinie ceux qui ne sont plus, accablant d'une détresse infinie ceux qui avaient mis en lui leur affection.

Un philosophe ancien disait qu'il faut aller au vrai avec toute son âme. Un médecin a pour mission de soulager la souffrance avec tout son cœur. Ce n'est pas seulement un diagnostic sûr qu'il lui faut, c'est peut-être surtout l'art de réconforter, de faire espérer, de fortifier la volonté.

Celui qui veut vivre, qui a confiance de vivre, dont le moral résiste aux assauts de la douleur, celui-là, la plupart du temps, triomphera d'une maladie qui serait mortelle à d'autres.

Notre cher docteur Marion excellait dans cet art de ranimer les volontés et de fortifier les cœurs. Au chevet des malades, il apportait le fruit de sérieuses études et d'une longue expérience.

Mais avec le remède qui soulage, il avait la parole qui ranime, le sourire qui encourage, la poignée de main qui console.

Il s'appliquait de tout son art qui était réel et de tout son cœur, plus grand encore, à soulager et à guérir. Il a passé sa vie en faisant le bien, charitable aux uns, juste aux autres, bienveillant à tous.

Comme toute carrière, celle du médecin a son revers de médaille. Quelle n'est pas l'angoisse de l'homme à qui l'on a confié la vie et la santé d'un être cher et qui se sent incapable devant l'inexorable fatalité de la mort !

Cette angoisse, M. Marion l'a ressentie plus d'une fois, et surtout quand il s'agissait de jeunesses fauchées avant l'âge, il souffrait cruellement, mais son passage laissait toujours, même dans le cas désespéré, sinon un rayon d'espoir, du moins un sentiment de consolation.

Membre du Bureau de Bienfaisance de notre commune, il apportait dans l'accomplissement de sa tâche le même zèle, le même dévouement. Il assistait à toutes nos réunions et dans ses fonctions nous pûmes apprécier une fois de plus son expérience consommée des affaires publiques et la noblesse de son cœur. Dans les occasions où il y avait à faire œuvre utile à mettre en pratique nos grands principes de solidarité et de fraternité, M. Marion nous apportait son précieux concours. Il ne faisait pas alors de longs discours, mais il savait au moment voulu dire quelques mots bien sentis, avec délicatesse, avec franchise lorsqu'il s'agissait surtout de défendre ce principe sacré pour lui : le soulagement de la misère générale dans la justice pour tous.

Combien allons-nous le regretter dans nos prochaines séances ! Quel vide pour nous ! Combien ses avis nous manqueront.

Délégué cantonal de l'école de Juvancourt, il portait le plus vif intérêt à la jeunesse studieuse, et fut toujours un partisan dévoué à la cause de l'enseignement laïque et de l'éducation républicaine.

Je me permets également de rappeler que notre cher docteur, au cours de la guerre de 1914-1918, fit son devoir, tout son devoir de Français. Attaché aux formations sanitaires de l'avant, il courut les mêmes périls que nos vaillants soldats : balles, gaz, obus.

 

Il eut à subir les mêmes privations. Infatigable, il prodiguait ses soins éclairés aux blessés, aux malades du front avec une énergie indomptable. La mort ne voulut pas de lui à ce moment.

Il fallait que neuf ans après, épuisé par les soins qu'il prodiguait si généreusement, notre regretté ami contractât une grave affection grippale. Bien qu’atteint gravement, il ne voulut pas s'aliter.

Mais, hélas ! La grande faucheuse guettait sa proie. Vaincu par le mal, en quelques jours, il était terrassé, et samedi dernier la terrible nouvelle se répandit : « Monsieur Marion est mort ». La consternation était générale.

Cher docteur, vous mourez au champ d'honneur, victime du devoir professionnel, poussé jusqu'au plus grand sacrifice.

La place que vous avez prise parmi ceux que vous avez connus se mesure aux regrets unanimes que l'ami disparu laisse dans leur cœur. Elle se mesure aux témoignages de profonde et douloureuse sympathie qui vont de toutes parts vers ceux dont l'affection reste à jamais meurtrie.

Madame et Mademoiselle Marion, puissiez-vous trouver quelques consolations à penser que celui que vous avez perdu, a mérité le plus bel éloge qu'on puisse faire d'un bon citoyen. Il fut utile à nos semblables, à la Patrie et à la République.

Habitants de Ville-sous-Laferté, de Clairvaux et  des Forges-Saint-Bernad, votre présence ici atteste mieux qu'un discours combien vous était sympathique l'éminente personnalité qui n'est plus. Ce n'est pas seulement un bienfaiteur que nous pleurons, que nous perdons, c'est un ami.

Nous garderons son souvenir ; nous aurons à cœur de montrer que dans notre village la reconnaissance n'est pas un vain mot, et que si le temps estompe les regrets, il ne les efface pas.

Cher et regretté docteur Marion, je dépose sur votre tombe, la couronne du souvenir sincère et durable. Reposez en paix au milieu de ceux que vous avez soulagés et qui vous en expriment toute leur gratitude. »

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article