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Ecoute du frère par Dietrich Bonhoeffer

« Le premier service dont chacun est redevable à l'autre dans la communauté chrétienne, c'est de l'écouter. De même que le commencement de notre amour pour Dieu consiste à écouter sa parole, de même le commencement de l'amour du prochain consiste à apprendre à l'écouter.

 

C'est le propre de l'amour de Dieu pour nous qu'il nous donne pas seulement sa parole, mais qu'il nous prête aussi son oreille. Ainsi c'est donc son œuvre que nous accomplissons envers notre frère lorsque nous apprenons à l'écouter. Certains chrétiens, et en particulier les prédicateurs, se croient toujours obligés d' « offrir quelque chose » lorsqu'ils se trouvent avec d'autres hommes comme si c'était leur seul service. Ils oublient le fait qu'écouter peut être plus utile que parler.

 

Beaucoup de gens cherchent une oreille qui veuille les entendre, et ils ne la trouvent pas chez les chrétiens, parce que les chrétiens se mettent à parler là où ils devraient savoir écouter. Mais l'être qui ne peut plus écouter son frère finit par ne plus pouvoir écouter Dieu lui-même et vouloir seulement lui parler. Ici commence la mort de la vie spirituelle, et finalement il ne reste plus que le bavardage spirituel, la condescendance cléricale qui s'étouffe dans des paroles pieuses. A ne pas pouvoir accorder une attention soutenue et patiente aux autres, on leur parlera toujours en étant à côté de la question, et cela, finalement, sans plus s'en rendre compte. L'être humain qui estime son temps trop précieux pour pouvoir le perdre à écouter les autres n'aura en fait jamais de temps popur Dieu et le prochain ; il n'en aura plus que pour lui-même, pour ses propres paroles et ses propres projets.

 

La cure d'âme fraternelle se distingue de la prédication essentiellement en ce sens qu'il ne s'agit pas seulement de parler, mais également d'écouter. On peut aussi écouter d'une oreille, en se persuadant qu'au fond on sait déjà tout ce que l'autre a à dire. C'est l'écoute impatiente, inattentive, qui méprise le frère et où l'on attend que le moment de pouvoir enfin placer son mot pour être quitte. Là, on passe à côté de l'accomplissement de notre tâche, et il est certain qu'ici également notre attitude à l'égard du prochain n'est que le reflet de notre relation avec Dieu. Il n'est pas étonnant que nous soyons plus capables d'accomplir la plus haute tâche dont Dieu nous ait confié la responsabilité dans ce domaine, et qui consiste à recevoir la confession d'un frère, si, dans les choses moins importantes, nous refusons de prêter l'oreille au frère. Le monde païen, lui, n'ignore pas qu'il suffit souvent, pour aider quelqu'un, de l'écouter sérieusement, et sur la base de cette connaissance, il a édifié une cure d'âme, de caractère séculier, qui attire la foule des êtres humains et même des chrétiens. Pendant ce temps, ceux-ci oublient qu'ils ont reçu le ministère d'écouter de la part de Celui qui est lui-même le grand Auditeur et c'est à son œuvre que nous devons participer. Nous devons écouter avec les oreilles de Dieu afin de pouvoir parler avec la 

 

Parole de Dieu. » Dietrich Bonhoeffer. De la vie communautaire, 1939, Cerf, Labor et Fides, 2007 p 85

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